(Article initialement publié dans Atlantico du 16/9/26)
Alors que les prix de l’énergie flambent à nouveau en Europe, la guerre en Ukraine et les tensions au Moyen-Orient ne seraient-elles que l’arbre qui cache la forêt ? Les choix énergétiques des dirigeants européens ont aussi leur part de responsabilité. Energies renouvelables, fermeture des capacités de raffinage, nouvelles normes : l’Europe fragilise sa production, accroît sa dépendance et met en danger sa compétitivité.
Damien Ernst et Samuel Furfari
Ce qu’il faut en retenir :
- Prix de l’énergie : la flambée actuelle n’est pas uniquement liée aux crises géopolitiques. Les choix énergétiques et politiques européens ont une part de responsabilité.
- Dépendance accrue : la fermeture de capacités de raffinage et la baisse de la production fossile renforceraient la dépendance de l’Europe aux importations.
- Nouvelles contraintes : le règlement européen sur le méthane et l’ETS2 sont susceptibles d’alourdir encore les coûts énergétiques.
- Risque économique : cela pourrait avoir de lourdes conséquences pour l’industrie européenne et sur l’affaiblissement de la compétitivité du continent.
Atlantico : La guerre en Ukraine ou les tensions au Moyen-Orient sont souvent pointées du doigt pour la crise énergétique et la hausse des prix. Les gouvernements européens n’ont-ils pas une part de responsabilité dans la flambée des prix de l’énergie sur le plan de la géopolitique de l’énergie ?
Samuel Furfari : L’augmentation du prix de l’énergie n’est pas un phénomène nouveau. En 2010, le commissaire européen à l’Énergie de l’époque, l’Allemand Günther Oettinger, se préoccupait déjà de cette hausse. Il a demandé à ses services – j’en faisais partie, au sein de la Commission européenne – de réaliser un rapport sur l’augmentation du prix de l’énergie. C’était la première fois que nous abordions cette question dans l’histoire de l’Union européenne. Auparavant, nous travaillions essentiellement sur la sécurité des approvisionnements : le problème central était de disposer de suffisamment d’énergie. Oettinger avait compris que l’industrie allemande se plaignait du prix élevé de l’électricité.
Puis, dans les années 2010, nous avons commencé à publier des rapports montrant que le prix de l’énergie devenait préoccupant pour l’industrie et, dans une certaine mesure, pour les citoyens qui devaient la payer. C’est donc, selon moi, un manque d’honnêteté de la part des responsables politiques actuels que d’attribuer la situation aux Iraniens, à Trump ou à ce qui se passe au Moyen-Orient, notamment dans le détroit d’Ormuz, ou encore à la guerre en Ukraine.
Le prix de l’électricité a augmenté au cœur de l’Union européenne parce que les dirigeants ont imposé la production d’énergies renouvelables.
En avril 2009, la directive 2009/28 a imposé la production d’une énergie qui n’est pas compétitive. La décision d’imposer les énergies renouvelables a été adoptée et l’on a autorisé les subventions pour ces énergies alors qu’on prétendait avoir un marché libéralisé. Tout aussi grave, on a donné à ces énergies perturbatrices du réseau électrique une priorité de distribution. Les dirigeants ont alors expliqué que, progressivement, leur prix diminuerait. Or, il n’a pas diminué.
Nous payons au prix fort notre électricité à cause des écologistes présents dans l’ensemble des formations politiques ( ce que j’appelle les«« écolos de tous les partis »), qui ont cru à cette idée selon laquelle l’énergie éolienne et solaire serait bon marché. Elle l’est effectivement si l’on mesure le coût de la production d’électricité aux bornes de l’appareil, à la sortie de la machine.
Mais pour le client final, elle devient chère parce que cela a perturbé l’ensemble du réseau électrique et parce qu’il est nécessaire de compenser l’intermittence et la variabilité des éoliennes et des panneaux solaires par d’autres sources d’énergie.
Le résultat est cette augmentation des tarifs. Depuis que les énergies renouvelables ont été imposées, le prix de l’électricité a augmenté de 160 % en Europe.
Sur un plateau de la télévision belge cette semaine un professeur d’énergétique de l’université de Louvain s’est réjoui que le prix de l’électricité augmente ainsi les citoyens vont utiliser moins d’électricité. C’est logique pour un décroissants qui sait que le prix élevé de l’électricité conduit à la décroissance économique.
En plus, il y a l’interdiction de produire des énergies fossiles, comme l’aberrante loi Hulot. Vous vous souviendrez le tollé qu’a suscité la simple question de Manuel Vals lorsqu’il était ministre dernièrement au sujet de la production en Guyane ? Il a dû vite ne plus en parler. Pourtant c’est évident qu’il y a là des ressources en hydrocarbures que les voisins à l’ouest et l’est de la Guyane produisent pour assurer leur prospérité.
Damien Ernst : Mentionner gouvernements européens et géopolitiques de l’énergie dans une même phrase pourrait me faire sourire ! Les gouvernements européens ne font pas de géopolitique de l’énergie. J’ai souvent l’impression qu’ils vivent dans un monde parallèle, piégés dans leur Green deal, combinaison d’une couche bureaucratique écrasante et d’une naïveté interpellante face aux manœuvres de puissances étrangères qui utilisent l’arme énergétique contre nous ! Je trouve assez affligeant ce qui se passe là ! On est dans une crise énergétique chronique depuis l’été 2021 et on arrive de nouveau dans une phase extrêmement aiguë, bien plus que celle de l’automne 2022 ! Et je crains que l’on ne soit pas au bout de nos mauvaises surprises. Je suis terriblement pessimiste.
Si l’Europe réduit sa production mais continue de consommer du pétrole et du gaz, ne fait-elle pas simplement le choix d’importer davantage parfois depuis des pays qui ont des normes environnementales bien moins exigeantes ? N’y a-t-il pas un aveuglement des dirigeants sur la réalité physique du marché de l’énergie ? Les dirigeants européens sont-ils déconnectés de la réalitédes marchés de l’énergie sur le plan physique ?
Damien Ernst : Il y a effectivement un énorme aveuglement à ce niveau-là. Les gouvernements européens sont enfermés dans un dogme écologique qui les empêche de développer des ressources fossiles. Ce qui fait que notre indépendance énergétique est bien trop faible. Et cette faiblesse est utilisée contre nous pour détruire notre industrie et nous appauvrir. Je suis moi-même partisan d’une décarbonation profonde de nos sociétés et je travaille beaucoup là-dessus. Mais cela doit être fait de manière intelligente, en connaissant la physique des systèmes énergétiques, la réalité des projets d’ingénierie, les contraintes qui y sont associées et — surtout — les réalités de la géopolitique de l’énergie ! Pas juste les règlements, les interdictions, les dogmes et les fichiers Excel…
Samuel Furfari : Cette situation et cet aveuglement vont même au-delàdes dirigeants européens. Tout le monde a été trompé sur cette question.
De nombreux acteurs plébiscitent le développement des énergies renouvelables. Ce qui est le plus désolant est que le monde économique, dont celui industriel, continue de défendre une aberration économique irréfragable. C’est l’histoire des habits neufs de l’Empereur du compte de Andersen. Nous vivons un mensonge collectif et, par conséquent, la catastrophe sera collective.
Les responsables politiques se plaignent de voir le prix du diesel grimper en flèche dans de nombreux pays de l’Union européenne, mais ne semblent établir aucun lien de cause à effet avec la fermeture de 20 % des capacités de raffinage en Europe et avec les bombardements, dans le contexte de la guerre en Ukraine, de raffineries stratégiques. L’Arabie saoudite a aussi annulé les expéditions de brut vers l’Europe après la destruction du pipeline Est-Ouest saoudien ces derniers jours. Est-ce là aussi une autre forme d’aveuglement de nos dirigeants face à l’évolution de la réalité du marché ?
Samuel Furfari : En 2013, le commissaire à l’Énergie, Günther Oettinger, était conscient des difficultés du monde du raffinage européen. Il a donc créé le Forum européen du raffinage. Il s’agissait d’une table de discussion qui se réunissait deux fois par an avec les industriels du raffinage, les responsables des États membres, les syndicats et, plus largement, tous ceux qui étaient concernés, de près ou de loin, par la nécessité de disposer de diesel pour le transport ou d’essence pour les particuliers. Ce forum se réunissait deux fois par an. Je participais à ces réunions et il était décevant d’observer que l’on discutait, mais qu’aucune décision n’était prise.
Comment auriez-vous voulu que l’on prenne des décisions ? Il existe dans l’UE une mentalité profondément anti-pétrole, partout, aussi bien à gauche qu’à droite. Il était donc politiquement impossible de dire qu’il fallait faire quelque chose pour sauver l’industrie du raffinage. C’était politiquement inaudible, alors même que nous étions confrontés à un désastre qui se profilait. Nous voyions bien que le désastre était là, que des raffineries fermaient, que nous ne parvenions pas à remplacer le diesel dans le transport par des batteries, et encore moins par de l’hydrogène. Nous le savions, mais les dirigeants n’ont rien fait parce que c’était politiquement incorrect. Il était inadmissible de dire que nous allions agir pour ne pas fermer les raffineries.
Certaines raffineries ont également fermé parce qu’elles devenaient obsolètes ou n’étaient plus suffisamment complexes. Dans le secteur du raffinage, la complexité — c’est-à-dire la polyvalence d’une raffinerie — est mesurée par le nombre de Nelson. Il s’agit d’un indicateur. Lorsque, dans le passé, une raffinerie était approvisionnée par un producteur de pétrole donné — par exemple l’Arabie saoudite —, elle pouvait fonctionner pendant toute sa durée de vie avec ce pétrole et n’avait donc pas besoin d’une infrastructure particulièrement sophistiquée.
Mais le monde ayant changé, nous achetons désormais du pétrole partout dans le monde. Certaines raffineries n’étaient donc plus adaptées à cette diversité de pétroles. Il fallait les fermer, mais nous les avons fermées sans les remplacer par d’autres raffineries modernes. Qu’ont fait les raffineurs ? Ils ont installé leurs activités dans les pays où ils n’étaient pas soumis aux mêmes contraintes environnementales excessives et à l’opposition de la minorité des activistes. En Asie, au Moyen-Orient et en Russie mais aussi en Afrique, où la raffinerie Dangote, au Nigeria, mise en service il y a deux ans avec une capacité de 700 000 barils par jour se prépare à devenir la plus grande raffinerie au monde ; le milliardaire Aliko Dangote prévoit de porter cette capacité à 1,4 million de barils par jour d’ici 2028.
Nous dépendons donc non seulement de l’importation de pétrole brut, mais aussi, de plus en plus, de l’importation de produits raffinés, notamment de kérosène et de diesel, ainsi que, dans une moindre mesure, d’essence. Nous nous retrouvons avec une forte dépendance vis-à-vis de l’extérieur.
Le blocage du détroit d’Ormuz augmente le prix des produits raffinés qui y transitent encore. Mais surtout, ce qui s’est produit ces dernières semaines, ce sont les bombardements de raffineries russes et la fermeture d’un pipeline en Arabie saoudite, qui alimentaient en partie le marché mondial. Volodymyr Zelensky, pensant bien faire dans le cadre de son objectif de guerre, a détruit des raffineries en Russie. Cela a mis le système russe à genoux. Il est possible de comprendre ce qui est bon pour Kiev afin de remporter la guerre en Ukraine. Mais cela détruit les capacités de production de diesel disponibles pour le monde, et cela aboutit à une situation inextricable.
Les institutions européennes ont fait le nécessaire pour se saborder eux-mêmes. La Russie ne sait plus exporter et nous ne pourrons pas remplacer ces approvisionnements du jour au lendemain. L’augmentation des prix du diesel va donc durer. Cela est la faute de la politique européenne mais aussi française. Ce n’est pas de la faute des raffineurs qui avaient prévenu.
Avec les détroits bloqués et les pipelines bombardés, l’hiver sera d’autant plus explosif car l’entrée en vigueur du règlement méthane intervient au 1er janvier et va mener à la fermeture des raffineries françaises. L’inconséquence énergétique du gouvernement français comme de l’UE n’est-elle pas alarmante au regard de la situation énergétique à l’internationale ? Qui mesure la gravité de la méga crise énergétique vers laquelle nous fonçons ?
Damien Ernst : Oui, c’est très inquiétant. La situation est déjà très grave. Et dans les mois qui viennent, elle va encore s’aggraver pour au moins trois raisons. La première est l’interdiction d’importer du gaz russe sous forme de GNL (Gaz Naturel Liquéfié) à partir de janvier 2027. Cette interdiction va nous coûter extrêmement cher dans un contexte où la fermeture du détroit d’Ormuz nous prive aussi de gaz du Moyen- Orient. Il faut donc la postposer. Deuxièmement, l’Europe impose de nouvelles normes environnementales sur le méthane, que les producteurs de gaz hors Europe ne pourront pas respecter. Avec pour résultat que ces producteurs de gaz vont donc se tourner vers d’autres clients. Vous comprendrez que c’est très embêtant dans un contexte où l’on n’a déjà plus d’approvisionnement en gaz du Qatar ni de la Russie. Je vous encourage d’ailleurs à écouter les déclarations du CEO d’Exxon sur le sujet pour bien comprendre l’ineptie de ce règlement. Il faut bien entendu le postposer, mais aussi l’amender pour qu’il soit compatible avec la réalité du terrain. Troisièmement, le conflit au Moyen-Orient ne va pas se régler rapidement. L’Iran et ses proxys ont maintenant les cartes en main. Et tant qu’ils n’obtiendront pas ce qu’ils veulent, ils vont continuer à étrangler lentement l’Europe énergétique.
Samuel Furfari : Cette histoire du méthane est invraisemblable. Le méthane est un gaz à effet de serre qui ne s’accumule pas dans l’atmosphère car il se détruit. Il est vrai qu’il a un effet de serre plus élevé que celui du CO₂, mais il ne persiste pas dans le temps. La véritable source de méthane dans le monde, ce sont les ruminants qui, par leur digestion, en émettent énormément. Ensuite viennent les rizières, en raison de la fermentation dans l’eau. S’attaquer au méthane est donc véritablement inutile.
Le sujet est revenu parce que les écologistes ont compris que le gaz naturel liquéfié (GNL) constituait une solution énergétique qui se développait et qui continuerait à se développer partout dans le monde. Il fallait donc, selon eux, tuer cette nouvelle solution qu’est le gaz naturel liquéfié qui est essentiellement du méthane. Ils ont alors mis en avant les fuites de méthane, en affirmant que celles-ci détruisaient l’atmosphère et provoquaient le changement climatique.
Les responsables politiques, par crainte, une nouvelle fois, de ne pas paraître suffisamment écologistes, sont entrés dans ce mécanisme. Mais pire encore, l’industrie pétrolière elle-même l’a fait. Elle s’est battue sur des détails de cette directive, sur des éléments secondaires afin de modifier certaines dispositions. Cela va détruire encore davantage notre système énergétique.
Comment est-il possible que tout cela continue ? Il est incroyable de constater que tous ces phénomènes de destruction de notre économie, qui passent par des attaques contre les multiples composantes du secteur de l’énergie, continuent et s’amplifient au lieu de disparaître.
C’est la même chose avec le système ETS et, plus largement, avec l’ensemble du dispositif : le CO₂est taxé en prétendant créer un marché du carbone. Mais l’objectif est d’augmenter le prix de l’énergie en renchérissant tout ce qui émet du CO₂.
Le Parti populaire européen, c’est-à-dire le groupe politique le plus important au Parlement européen, se vante d’avoir diminué l’impact négatif de la directive en affirmant s’être battu et avoir obtenu des avancées sur des aspects techniques. Ils sont satisfaits―se vantent―d’avoir obtenu des avancées sur certains aspects techniques, mais ils ne se rendent pas compte qu’ils ont, en réalité, accepté que le prix de l’énergie augmente.
La réalité est que le prix va augmenter pour l’industrie, mais aussi pour les citoyens. À partir du 1er janvier avec la ETS2, le prix du chauffage et celui du carburant automobile vont augmenter à cause de cela. Tout cela est créé par le Green Deal, par les responsables politiques qui sont à Bruxelles et à Strasbourg qui ont voté avec enthousiasme ces instruments législatifs destructeurs de notre prospérité .
Le règlement méthane doit imposer de nouvelles contraintes aux entreprises européennes et aux importateurs le 1er janvier prochain. Que prévoit-il réellement et risque-t-il, à terme, de fragiliser davantage notre industrie énergétique sans pour autant réduire les émissions à l’échelle mondiale ? Le règlement européen sur le méthane est-il un nouvel exemple de cette déconnexion des dirigeants politiques européens sur les questions énergétiques ?
Samuel Furfari : Dans une raffinerie, il existe énormément d’endroits où peuvent se produire des fuites. Ces fuites seront bien évidemment minimes—elles ne peuvent évidemment pas être importantes, car les industriels perdraient alors de l’argent—,mais la moindre fuite sera taxée. Les raffineries vont donc encore perdre de l’argent. Le règlement sur le méthane conduira à de nouvelles fermetures de raffineries dans l’UE. Nous devrons donc dépendre encore davantage des Russes pour nos produits pétroliers, ainsi que des pays du Moyen-Orient et peut-être même de l’Afrique. C’est aberrant !
Damien Ernst : Je pourrais vous parler des heures de ce règlement et de ses inepties. Il faut savoir qu’il est passé sous forme de loi en 2024 et qu’il impose à partir du 1er janvier 2027 que chaque cargaison de pétrole ou de gaz qui entre en Europe soit accompagnée d’une preuve de la quantité de méthane qui a fui lors de sa production. Autrement dit, chaque cargaison doit avoir son passeport, en quelque sorte. Malheureusement, rien n’est organisé ! Les inspecteurs, les laboratoires, les certificats, rien n’existe à l’heure actuelle. Il faudra au minimum trois ans pour mettre tout cela au point. Or, en l’absence de ce« passeport », vous risquez une amende qui peut atteindre 20 % de votre chiffre d’affaires mondial ! C’est de la folie !
Du reste, Bruxelles s’en est quand même rendu compte, partiellement du moins : cet été, la Commission européenne a« recommandé »aux États membres de ne pas infliger d’amendes pendant les trois premières années. Mais aucun producteur ne veut prendre un risque aussi énorme. Allez-vous partir en vacances dans un pays qui exige un certificat, qui ne peut pas vous le délivrer, et qui vous promet vaguement de ne pas vous sanctionner en cas d’absence d’un tel document ? Et ce n’est pas tout : cette période de seulement trois ans hypothèque la signature de contrats long terme. Or, les producteurs favorisent désormais des contrats sur 10 à 20 ans…
Après la crise énergétique de 2022, les dirigeants européens n’ont-ils finalement rien appris ? Les gouvernements savaient que l’énergieétait particulièrement exposée aux risques géopolitiques. Pourquoi n’ont-ils pas profité de la crise pour reconstruire des marges de sécurité ?
Samuel Furfari : Ils sont dans le déni. D’abord, ils auraient honte de reconnaître qu’ils se sont trompés. Ensuite, ils ont peur. Si vous osez dire quelque chose, vous allez tout simplement être traité d’extrémiste, voire de fasciste.
Les responsables politiques savent très bien de quoi il retourne. Ils savent très bien que tout cela détruit notre économie. Mais qui osera parler ? Les dirigeants s’auto-censurent. Pourtant, la solution est simple. Il faut expliquer aux citoyens que nous sommes les seuls à augmenter le prix de l’énergie parce que nous voulons réduire les émissions de CO₂, alors que, dans le reste du monde, les énergies fossiles sont utilisées pour créer de la croissance et que l’on ne s’intéresse pas aux émissions de CO₂. Depuis l’Accord de Paris, l’Union européenne a diminué ses émissions de CO₂de 504 millions de tonnes, tandis que le reste du monde les a augmentées de 3 008 millions de tonnes. Cela signifie que nous payons très cher―avec nos taxes en détruisant notre compétitivité ― pour diminuer une tonne de CO₂,