Le « quoi qu’il en coûte » du gouvernement face au prix de l’électricité

(Article de Philippe Charlez initialement paru dans Contrepoints du 14/01/2022)

En résolvant le problème via des subventions risquant rapidement de devenir incontrôlées, le gouvernement piège le débat présidentiel avec le prix de l’électricité.

Depuis mi 2021, les prix de l’énergie battent record après record. En six mois le prix du baril de pétrole et de la tonne de charbon ont doublé tandis que sur les marchés européens les cours du gaz naturel ont été multipliés par 5. Par effet de ricochet, la tonne de carbone est passée en un an de 32 euros à 82 euros.

Enfin, étant donné la « règle du mérite » appliquée au mix électrique européen (alignement des prix sur la dernière source mise en œuvre c’est-à-dire la plus chère), le MWh a lui aussi atteint des niveaux stratosphériques : sur le marché spot et dépendant de l’heure de la journée, il se négociait cette semaine entre 250 et 300 euros. Un coût certes élevé mais en contrepartie d’une « assurance tous risques » garantissant aux Européens 100 % d’accès à l’électricité.

Les prix de l’électricité : un sujet explosif pour le gouvernement

Dans un contexte pollué par la pandémie, aucun candidat à la présidentielle ne parle pour l’instant de ce sujet qui pourrait pourtant devenir explosif au cours des semaines à venir. Rappelons que le violent mouvement des Gilets jaunes fin 2018 s’était amorcé à partir de l’augmentation des prix de l’essence.

Récemment, la flambée des prix du gaz a déclenché au Kazakhstan un processus quasi révolutionnaire que le gouvernement Kazakh a réprimé dans le sang. Aussi, cette semaine sur les antennes les ministres Barbara Pompili et Bruno Le Maire ont confirmé les promesses du Premier ministre qui, fin septembre dans un contexte énergétique déjà particulièrement tendu, s’était engagé à limiter à 4 % l’augmentation des prix de l’électricité en 2022 pour le consommateur.

Mi-janvier, l’ensemble des mesures gouvernementales avait déjà coûté à l’État… 14,4 milliards d’euros :

  • 600 millions de chèque énergie,
  • 2 milliards de gel des prix du gaz,
  • 3,8 milliards d’indemnité inflation,
  • 8 milliards pour les 4 % de limitation de la hausse des tarifs de l’électricité.

Quand il avait proposé sa mesure, le gouvernement misait pour 2022 sur une augmentation des prix de gros de l’électricité de 15 %. Compte tenu de la situation actuelle qui devrait perdurer, cet accroissement atteindra au minimum 40 % et se traduira inexorablement pour l’État en dizaines de milliards d’euros supplémentaires. Digne de celui engagé durant les différents confinements, le « quoi qu’il en coûte » pandémique pourrait devenir un « quoi qu’il en coûte » énergétique.

Pouvant difficilement revenir sur le bouclier tarifaire au risque de provoquer de graves mouvements sociaux en pleine campagne électorale, le gouvernement essaye de limiter l’ardoise en cherchant des sources de financement complémentaires.

Son idée est de se tourner vers EDF qui engrange en théorie de gigantesques profits depuis la flambée des cours. En théorie, car depuis un mois EDF fonctionne en sous régime. À la suite de la fermeture programmée (pour maintenance) et non programmée (pour pannes) de 15 GW nucléaires, compte tenu de l’inefficacité du solaire et de l’éolien (aucun vent associé aux anticyclones polaires) au cours de la période hivernale, EDF est obligé d’importer au prix fort depuis les pays limitrophes entre 10 et 15 GW tous les jours aux heures de pointe.

Pour éviter de faire tourner les centrales à gaz à plein régime (le prix du MWh gazier est devenu stratosphérique compte tenu du prix du gaz) le gouvernement s’est engagé à signer avant la fin janvier un arrêté autorisant l’électricien à accroître sa production d’électricité charbonnière jusqu’à à 3 GW.

Le problème de l’ARENH

La situation pourrait être rendue encore plus difficile à cause de l’ARENH obligeant EDF à vendre une partie de son électricité nucléaire aux fournisseurs alternatifs au prix coûtant forfaitaire de 42 euros/MWh. Le « sous régime nucléaire » actuel pourrait déboucher sur une situation absurde imposant à EDF en panne de MWh nucléaires d’acheter sur le marché de gros des MWh à 250 euros pour les revendre 7 fois moins cher aux opérateurs alternatifs trop contents de l’aubaine.

Cet invraisemblable mécanisme pourrait coûter à EDF, et donc à l’État qui en est le principal actionnaire à hauteur de 84 %, plusieurs milliards d’euros supplémentaires. La manne EDF au secours de l’État providence se tarissant jour après jour, l’État est donc piégé par sa promesse ; la spirale d’une dette énergétique se profile donc à l’horizon.

D’autant que cette crise est faite pour durer puisqu’elle résulte d’une rupture structurelle entre une offre déclinante de gaz faute d’investissement dans l’exploration et le développement de nouveaux champs et une demande augmentant de façon vertigineuse (en Europe mais surtout en Chine) pour appuyer des renouvelables incapables de fournir le moindre MWh durant la période hivernale.

En résolvant le problème via des subventions risquant rapidement de devenir incontrôlées, le gouvernement piège le débat présidentiel en mettant le futur président dans une situation potentiellement explosive à l’automne 2022. Cette situation pourrait plomber le nouveau quinquennat avant qu’il ait commencé.

Quel candidat risquera la transparence vis-à-vis de l’opinion publique en osant proclamer haut et fort que pour financer la transition énergétique le citoyen français quel que soit son statut et son niveau social devra mettre la main au portefeuille. Si les candidats vous font croire le contraire ils vous mentent.

Où nous conduit l’arrêt de Fessenheim !

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