Énergie : une nouvelle loi d’exception inacceptable

(Par Michel Negynas dans Contrepoints du 31 Août 2022)

Loin d’être d’intérêt général, la loi d’exception pour l’énergie permettrait d’aller encore plus loin dans l’absurde.

D’après le journal Le Figaro et le JDD, la Première ministre aurait adressé un projet de loi « aux industriels du secteur » pour « accélérer le développement des énergies renouvelables ».

Ce projet serait porté par « une loi d’exception » pour « simplifier à grands traits les démarches administratives en faveur des développeurs de renouvelables. Des mesures visent également à réduire les capacités de recours contre ces projets qui suscitent de fortes oppositions locales. »

On est d’abord surpris de savoir que pour l’instant, seuls les professionnels du secteur connaissent le texte, ce qui leur permet, avant tout processus démocratique, de proposer des « améliorations ». S’il est normal qu’ils soient consultés, comme les autres parties prenantes, leur situation de professions vivant largement de subventions devrait inciter le gouvernement à maintenir une certaine distance vis-à-vis d’eux.

Et il s’agit d’une loi d’exception. C’est-à-dire qu’au nom d’un intérêt supérieur, elle va diminuer les règles démocratiques en vigueur. Il s’agit donc bien, avant toute chose, d’évaluer cet intérêt supérieur. Pour mémoire, des mesures d’exception ont été prises pour le terrorisme et pour l’épidémie de covid. En sommes-nous là au sujet de l’énergie ?

Pourquoi en sommes-nous là ?

Tout d’abord, à lire les informations, on comprend que l’exception concerne surtout l’énergie éolienne et solaire, c’est-à-dire la production électrique. Or, quels sont les éléments nouveaux sur le sujet qui expliqueraient la crise ? Tout le monde (du moins ceux qui comprennent quelque chose au domaine de l’énergie) sait depuis longtemps que la stratégie française est insensée, tout comme la stratégie allemande, de laquelle elle s’inspire.

Tous les experts, toutes les institutions savantes, et même France Stratégie, dépendante du Premier ministre, ont depuis 2013 tiré la sonnette d’alarme. Il suffit de lire les commentaires de la consultation publique sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie, en 2018, pour le constater. D’abord, à quelques pour cents, la presque totalité des sommes allouées à la transition énergétique est destinée à la production (le solaire et l’éolien) : c’est la Cour des comptes qui l’affirme.

On sait à quoi ça mène : l’Allemagne a installé plus de 120 GW de solaire et d’éolien, pour des centaines de milliards, (alors que sa consommation maximale est de l’ordre de 80 GW) qui n’ont produit que 28 % de son électricité en 2021, et encore, pas forcément quand elle en avait besoin. (ses 4GW de nucléaire ont fait 11 %). Pas folle, elle a gardé quand même 94 GW de centrales classiques (biomasse, nucléaire, hydraulique, charbon, lignite, fuel et gaz). Elle a un peu de marge pour les nuits d’hiver sans vent.

La France est dans la gêne

Nous avons fait pire en installant 12 GW de solaire et 18 GW d’éolien. Il ne reste plus que 97 GW de mobilisable en centrales classiques ; or notre pointe historique est à 100 GW et le parc nucléaire français est vieillissant. Si le pays est moins dépendant du gaz, par contre, il est dans une situation plus précaire que l’Allemagne pour l’électricité.

On se réveille maintenant, soi-disant à cause de la guerre en Ukraine. Celle-ci a bon dos. Le gaz n’est qu’un paramètre dans la production d’électricité. Même en Allemagne, il ne représente que 10 %. Non vraiment, depuis des décennies notre problème dépend de l’ignorance, ou du cynisme ou du mépris envers les vrais experts de la part des décideurs.

Inlassablement, à la question : « Pourquoi baisser le nucléaire et augmenter les énergies renouvelables ? » l’administration française a toujours répondu : « Pour avoir une deuxième filière en cas de risque systémique sur le nucléaire ».

Faut-il en rire ou en pleurer ? une filière aléatoire en secours…

En réalité, si nous en sommes là, c’est que nous avons négligé le maintien de la sécurité de notre réseau, et au lieu de consacrer nos ressources à des mirages, nous aurions dû conforter notre compétence dans la production classique. Alors, maintenant, oui c’est trop tard. Et que fait-on pour réagir ? On veut intensifier le renouvelable, alors que ce n’est pas la solution, c’est le problème !

Ci-dessus le diagramme des puissances du réseau français en janvier 2022. (Site eCO2 mix de RTE). La pointe est à 85 GW, ce qui est faible pour un hiver. L’éolien est bleu clair, le soleil en jaune foncé (en bas du graphe). On voit bien que multiplier ça par 5 ne change quasiment rien au sujet ! (Pour mémoire, les importations en gris, tout en bas)

Conclusion

Loin d’être d’intérêt général, la loi d’exception permettrait d’aller encore plus loin dans l’absurde.

Une loi d’exception pour contourner l’opposition des citoyens, des projets de mesures contraignantes de sobriété, des compteurs linky préparant une gestion centralisée de la demande (ils ont un moyen de coupure intégré, peu de personnes le savent…). Il est aussi question de planification écologique. Et le ministre de l’Intérieur de prévoir une « police de l’environnement ! » Évidemment, il pensait aux pyromanes, mais d’autres pourraient bien les utiliser sur d’autres sujets.

La dérive est inquiétante, et dépasse même le cadre de l’énergie. Elle n’est pas étonnante. Les philosophes de l’écologie, comme Hans Jonas, ont amplement théorisé sur l’impossibilité de conduire une transition écologique dans un cadre démocratique.

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