Passage au crible des 13 arguments qu’on nous fait valoir en faveur d’un développement accéléré des ENR intermittentes

(Article initialement publié dans Transitions & Energies du 21/10/22)

Tribune de Pierre Audigier, polytechnicien et ingénieur des mines. ENR signifie ENergies Renouvelables. M. Audigier a été, entre autres, Secrétaire général adjoint du Comité Interministériel à la Sécurité Nucléaire et expert auprès de la Commission Européenne pour l’assistance technique dans le domaine de l’énergie (sûreté nucléaire et organisation du secteur de l’énergie). Il est l’auteur de «La Grande Méprise des Antinucléaires» Hugo Doc, octobre 2021.

Emmanuel Macron s’est prononcé le 12 février 2022 en faveur d’une relance du nucléaire qui devrait être le socle du mix électrique du pays. Mais, en même temps, il se dit partisan d’un ambitieux programme de développement des énergies renouvelables, en fait des énergies intermittentes que sont le solaire et l’éolien puisque, dans notre pays, les perspectives de développement de l’hydraulique sont limitées.
 
Sauvons le Climat, PNC-France, Cérémé et d’autres ont plaidé, chacun à sa manière, pour que la France s’affranchisse de la contrainte des 50% de nucléaire dans le mix électrique et du plafond de 63 GW installée et affiche une relance du nucléaire plus ambitieuse que celle proposée par le Président.
 
Le programme du Président risque en effet de conduire à un recours aux centrales à gaz, incompatible avec les engagements du pays en matière de réduction des gaz à effet de serre.
 
Sauvons le Climat a récemment publié quatre études faisant le point sur les avantages du nucléaire. La présente note traite de la solution prônée par les partisans d’un développement accéléré des ENR intermittentes; nous y reprenons leurs arguments -après avoir rappelé le grain de vérité à l’origine de ces arguments car, comme le disait Bossuet, toute erreur est fondée sur quelque vérité dont on abuse.

Le grain de vérité des arguments des partisans d’un développement accéléré des ENR intermittentes

Ces arguments visent les uns à critiquer le nucléaire –c’est par eux que nous commençons-, les autres à exalter les vertus du solaire et de l’éolien.

1) Le nucléaire est potentiellement dangereux.

Mais il faut distinguer le danger –le nucléaire est effectivement dangereux comme la plupart des activités industrielles– et le risque. Le risque est le résultat de l’ampleur du danger, de sa probabilité d’occurrence et du niveau de maîtrise issu des parades mises en place C’est justement le rôle de l’ASN (Autorité de sûreté nucléaire), une autorité indépendante chargée de réduire le risque. On ajoutera ici que l’argument des opposants est d’exiger le risque zéro; ce qui, en tout état de cause, est impossible à démontrer. On ne peut pas démontrer que quelque chose n’existe pas. C’est le moment de rappeler que les quelque 20.000 morts de Fukushima sont dus à un tsunami dévastateur et non à l’accident de la centrale. Ce à quoi on ajoutera que le parc mondial de réacteurs PWR –les plus répandus de par le monde et constitutifs du parc français- ont connu plus de 5.000 années/réacteur de fonctionnement sans accident mortel dû à la radioactivité.   

2) Le stockage des déchets nucléaires est une question délicate et essentielle.

C’est tout particulièrement le cas pour les déchets HAVL (Haute Activité à Vie Longue). Mais il est faux d’affirmer que le stockage de ces déchets n’a pas de solution. Le projet CIGEO – enfouissement dans un structure géologique qui n’a pas bougé depuis 150 millions d’années – entre dans sa phase finale. La Finlande se prépare à enfouir ses déchets HAVL dans une structure géologique tandis que la Suède vient d’autoriser la construction d’un tel stockage. Certes la transmutation de ces déchets en déchets à vie plus courte offre une piste de recherche intéressante; mais pour l’instant, il est impossible de savoir si et quand cette technologie sera mature.

3) Les réacteurs du parc actuel vieillissent.

Mais, à l’exception de la cuve, les composants d’un réacteur peuvent être remplacés si nécessaire et l’enceinte de confinement peut, le cas échéant, être réparée. Le coût de tels remplacements est effectivement élevé mais ce coût doit être mis en parallèle avec le nombre et le coût des MWh supplémentaires qu’il va permettre de produire

4) A 50 milliards d’euros, le grand carénage (remise à niveau profonde des réacteurs nucléaires anciens) coûte cher.

Mais, comme pour toute mesure prise pour maîtriser le vieillissement, ce coût doit être apprécié à l’aune du nombre MWh à produire. De plus avec une amélioration de la sûreté.

5) La déconstruction va coûter cher, elle aussi.

Mais, aux Etats-Unis, le PWR de Maine Yankee –de même facture que les premiers réacteurs du parc français- a été démantelé en 8 ans pour un coût de 500 millions de dollars. Quant à l’industrie française, elle a déjà démantelé plusieurs réacteurs; le réacteur à eau pressurisée de la centrale de Chooz est en cours de déconstruction totale, actant du savoir-faire français.

6) Les errements sans fin du chantier de Flamanville ne peuvent que nourrir le scepticisme sur l’avenir du nucléaire français.

Mais les responsables du nouvel EPR ont tiré les enseignements de ces errements –tant politique que techniques et managériaux. Ce qui conduit le président de EDF à proposer les 6 EPR annoncés par le président à 50 Mrds €, soit de l’ordre de 70 €/MWh pour un taux d’intérêt de 4%, celui auquel EDF avait emprunté pour la construction du parc. Taux d’intérêt du même ordre de grandeur que celui consenti par Rosatom aux Hongrois pour deux PWR de 1.200 MW chacun et sans que la Commission européenne ait trouvé à y redire.

7) Nous dépendons des importations pour notre approvisionnement en uranium. EDF importe 8.000 t d’uranium chaque année.

Mais, au prix actuel, ce métal représente que moins de 1% d’un prix de marché de l’électricité aujourd’hui à quelque 200 €/MWh. De plus les ressources sont abondantes et géographiquement bien diversifiées.   De plus les stocks représentent 8 années de fonctionnement du parc, sans compter l’uranium appauvri qui peut être ré-enrichi au bon niveau.

8) Les panaches émanant des tours de refroidissement impressionnent.

Mais 70% des Français pensent que ce sont des fumées radioactives et émettrices de CO2.  Or ce n’est que de la vapeur d’eau. Chacun peut consulter le réseau téléray, géré par l’IRSN. On trouve sur ce site la mesure en temps réel de la radioactivité autour des centres nucléaires Notons que la CRIIRAD -une ONG notoirement opposée au nucléaire- qui gère son propre réseau de stations de mesure affiche des résultats semblables.

9) Le nucléaire est complémentaire des sources intermittentes.

Mais la réciproque n’est pas vraie. Les sources intermittentes ne sont pas complémentaires du nucléaire. Bien au contraire, le bilan économique du nucléaire est obéré par le solaire et l’éolien car, lorsque le vent souffle et que le soleil brille, le nucléaire doit s’effacer. C’est l’effet d’éviction qui avait conduit Percebois et Pommeret (CRECEN) à estimer le manque à gagner du parc nucléaire à 2,9 milliards d’euros pour l’année 2015 alors que les sources intermittentes étaient encore dans l’épaisseur du trait. Il est donc faux de dire que renouvelables et nucléaire sont complémentaires, encore moins strictement complémentaires comme l’avait affirmé le ministre de l’Economie.

Arrêtons un instant sur l’Allemagne: le recours que l’on sait aux sources intermittentes n’y a diminué en rien le besoin en sources pilotables; par ailleurs, il n’a pas conduit à une diminution des émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique.

10) Les coûts des énergies solaire et éolienne ont considérablement diminué au cours de ces dernières années.

Mais comparer le coût du kWh au pied d’une éolienne ou à la sortie d’un panneau solaire avec celui du nucléaire, c’est comparer la valeur économique d’un kWh disponible quand la météo le permet et celle du KWh disponible quand le consommateur en a besoin. C’est aussi comparer une énergie diffuse avec une énergie très concentrée. Ce n’est pas la même chose.

Quant à l’éolien en mer, il coûte très cher car les côtes françaises sont, pour ce faire, beaucoup moins favorables que celles de la mer du Nord car les fonds marins y sont beaucoup plus profonds.

Par ailleurs les sources intermittentes nécessitent des investissements complémentaires très coûteux. On ne citera que les principaux: (i) les coûts de réseau car leur production est disséminée sur le territoire ; (ii) le coût du back up, c’est-à-dire celui des sources pilotables indispensables pour assurer la sécurité d’approvisionnement en cas d’absence de vent et de soleil ; (iii) la consommation en métaux rares. Sans oublier la consommation d’espace : avec le solaire il faut de l’ordre de 100 fois plus d’espace que le nucléaire pour produire en fin d’année la même quantité d’électricité.

 11) Le développement du solaire et de l’éolien crée des emplois.

Mais ces emplois concernent pour l’essentiel le montage et la maintenance. Les équipements sont, sauf quelques exceptions, importés. Certes on peut toujours développer une filière française, mais c’est ignorer que, pour l’éolien, les places sont déjà prises par les Danois et les Allemands et que les coûts de main d’œuvre ne permettent malheureusement pas d’espérer la compétitivité face aux chinois qui monopolisent déjà le marché des panneaux photovoltaïques.

12) Le recours à l’hydrogène permet de stocker l’électricité produite par les sources intermittentes.

Mais le rendement global de la chaine allant de l’électricité produite avec le vent et le soleil à l’hydrogène (par électrolyse) puis au stockage de l’hydrogène et enfin à l’électricité (avec la pile à combustible) ne dépasse pas 30 % ((P2G2P). Une chaine qui, en outre, se révèle fort gourmande en matériaux et en espace pour peu que l’on veuille stocker des quantités importantes d’électricité.

13) L’énergie solaire est gratuite comme nous le rappelait encore récemment EDF dans une publicité en faveur des ENR.

Mais elle est gratuite comme peuvent l’être le pétrole ou le gaz qui nous sont donnés par la nature mais qu’il faut aller chercher là où ils se trouvent, avant de payer une redevance au pays producteur.

Rien n’est encore joué. Beaucoup dépendra de la façon dont seront conduites les concertations/consultations du public en cours et celles qui s’annoncent. Or l’expérience nous enseigne que les résultats de telles entreprises dépendent essentiellement de ces trois facteurs que sont:

  • la façon dont la question est posée,
  • le choix du président de l’entreprise
  • et de celui du rapporteur.

Toutes décisions qui ne sauraient échapper à la vigilance de la Première ministre dont on connait les prises de position lorsqu’elle était ministre de la transition écologique et solidaire.

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