Les aéroports français, d’une santé économique précaire, sont étouffés par l’Etat

Au mois de mai dernier, l’interdiction des lignes aériennes intérieures pour des destinations accessibles en moins de deux heures trente par le rail est entrée en vigueur. Il s’agit en réalité d’un tour de passe-passe (seules trois lignes ont été effectivement supprimées et cinq ont obtenu des dérogations réglementaires) du Gouvernement qui souhaitait afficher haut et fort ses ambitions écologistes sans toutefois heurter les élus locaux, d’accord sur le principe mais jamais sur son application quand elle concerne leur territoire.

Pourtant, la pression se fait plus forte sur le transport aérien, accusé de tous les maux. Jean-Marc Jancovici, pour ne citer que lui, souhaite instaurer un quota de quatre vols aériens par personne, pour toute la vie. Cette idée pour le moins effrayante pourrait n’être que la part émergée de l’iceberg. Le transport aérien s’est très mal remis de la crise sanitaire, la vindicte des lobbies n’a pas faibli et la liberté d’aller et venir des Français pourrait s’en trouver sérieusement entravée.

Les dégâts causés par la crise sanitaire…

Entre 2019 et 2020, au tout début de la pandémie, le secteur aéroportuaire a été la première victime des mesures de restriction. Le trafic cette année-là a chuté de 70 %, passant de 179,6 à 54,1 millions de passagers, avec l’annulation des deux tiers des vols.

Jusqu’à cette période, comme le note la Cour des comptes dans son rapport annuel, la rentabilité des aéroports hexagonaux avait été assez élevée, aux alentours de 20%. Ensuite, entre 2019 et 2020, la baisse de 54% de leurs chiffres d’affaires a obligé les dix plus grands aéroports publics, gérés par le secteur privé sous contrat de concession avec l’État, à réaliser de grands plans d’économie (réduction de la masse salariale, abandon d’une grande partie des investissements), sans pour autant parvenir à freiner leur endettement, qui a augmenté de 14 % pour atteindre 5,5 Mds€.

En 2022, selon l’Union des aéroports français (UAF), le trafic aérien demeurait  inférieur de 18,8% à son niveau de 2019. Ce manque de compétitivité est imputable en partie à l’importante fiscalité qui le matraque. Le cas des coûts de touchées[1] en est une parfaite illustration. Selon l’observatoire desdits coûts, ils sont en moyenne de 32,1 € par passager en France, contre 21,7 € en Espagne, notre principal concurrent dans le secteur  du tourisme. La différence est due pour l’essentiel aux taxes : 58 % en France, environ 5 % en Espagne.

Notons également que, malgré une augmentation moyenne de 24 % du prix des billets d’avion entre 2022 et 2023, le Gouvernement n’a pas supprimé, même s’il a renoncé à l’augmenter, l’écotaxe qu’il avait instaurée il y a deux ans. Au total, la fiscalité mange la moitié du prix d’un billet d’avion.

… et ceux que pourrait causer la haine des écologistes

Les magistrats de la rue Cambon écrivaient l’année dernière que « la sortie de crise pourrait être plus délicate que dans d’autres secteurs, du fait de l’évolution des comportements et de la montée en puissance des préoccupations environnementales ».

Plus que de l’évolution des comportements en réalité, le problème vient surtout du  modèle économique concessionnaire cadenassé par les pouvoirs publics. L’État est toujours censé investir dans le développement de coûteuses infrastructures, ce que, sous la pression des écologistes, il a cessé de faire : la construction du terminal 4 de Roissy par exemple, qui devait accueillir 40 millions de passagers chaque année et coûter entre 7 et 9 Mds€, a été annulée alors même que les deux aéroports franciliens sont réputés dans le monde entier pour leur capacité d’accueil pour le moins fruste.

Le législateur ne se prive pas non plus d’empiler les contraintes. La loi portant lutte contre le dérèglement climatique, adoptée en 2021, a instauré une série de mesures ubuesques comme la création d’un mécanisme de compensation carbone pour les vols intérieurs, ou l’interdiction d’accorder une déclaration d’utilité publique pour des travaux aéroportuaires engendrant une augmentation des rejets de CO2.

Le secteur aérien est la clé de voûte de toute l’économie touristique française, il permet de compenser un tant soit peu l’état calamiteux de notre balance commerciale. Aussi faut-il recommander au minimum trois choses : la privatisation progressive des aéroports (à commencer par Aéroports de Paris, lorsque le cours de son action sera suffisamment haut), une baisse conséquente des différentes taxes qui brident la compétitivité, et la levée des entraves normatives adoptées sous la pression des lobbies écologistes les plus radicaux.


[1] Que la Direction générale de l’aviation civile définit comme « l’ensemble des prestations facturées sous forme de taxes ou de redevances, à une compagnie aérienne pour effectuer l’atterrissage, la circulation au sol, le stationnement et le décollage de l’aéronef, le débarquement et l’embarquement des passagers ».

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