Un entretien avec Alexandre Jardin, écrivain et cinéaste. Propos recueillis par Éric Leser. Article paru dans le numéro 26 du magazine Transitions & Energies.
–T&E : Vous avez incarné le mouvement de révolte contre les ZFE (zones à faibles émissions) qui a débouché sur le vote inattendu d’un texte de loi qui les supprime. Il y a encore des obstacles à la disparition définitive des ZFE, mais c’est indéniablement une victoire pour vous. Et maintenant, vous vous attaquez à la politique énergétique du pays et notamment à la PPE3 (programmation pluriannuelle de l’énergie, version 3). Pourquoi ?
-A.J. : La politique n’est pas seulement des lois. Il s’agit aussi de rapports de force. En janvier, on pouvait imposer les ZFE à une population qui n’était pas informée. Avec l’immense campagne que nous avons menée, 89 % des Français sont aujourd’hui au courant. Si cette loi coercitive devait maintenant être imposée à la nation, même dans une forme limitée dans un premier temps, personne ne sait comment elle réagirait. Elle le ferait en pleine conscience et avec des organisations aujourd’hui très structurées. Le paysage a totalement changé. Pas moins de 78 % de la population est favorable à la disparition des ZFE.
Et si le président de la République avait l’idée d’actionner ses relais au Conseil constitutionnel pour rendre la suppression des ZFE inconstitutionnelle, le Conseil prendrait la responsabilité d’une crise assez considérable dans le pays.
La PPE3 s’inscrit dans la même logique que les ZFE, un mépris total du citoyen. Les ZFE considéraient que l’on pouvait instituer des sous-citoyens. Avec la politique énergétique, les décisions ont été prises sans en informer les citoyens. On organise leur appauvrissement avec un gigantesque système de racket au profit d’investisseurs étrangers et à travers des prélèvements exorbitants sur leur facture mensuelle d’électricité. Or, la facture d’électricité est quasiment un impôt. Nous devons la payer. Personne ne peut se passer d’énergie.
Habituellement, quand on paye l’impôt, c’est pour payer des services publics, pas pour engraisser des grands groupes et des fonds de pension. Il y a un détournement d’un système quasi public qui va engendrer un doublement de la facture des Français. Le drame est que l’on vient déjà de vivre un doublement de cette facture.
Un triplement paupériserait la population et représenterait une attaque sans précédent sur notre activité économique avec la complicité de l’État. Et tout cela avec un alibi écologiste. Je dis bien un alibi, car chacun sait que notre électricité est déjà décarbonée.
–T&E : Vous avez raison sur ce point. L’an dernier, 95 % de l’électricité produite en France était décarbonée, une performance remarquable. Seuls des pays ayant des avantages géographiques hors norme comme la Finlande, la Suède, la Norvège ou l’Islande font aussi bien. En outre, nous produisons bien plus d’électricité que nous en consommons et que nous exportons en masse. Comment peut-on alors justifier rationnellement la décision d’investir massivement
Pour poursuivre la lecture
Abonnez-vous dès maintenant à Transitions Énergies et soutenez un journalisme indépendant.
Abonnement à 35€ / an