Les renouvelables dépassent les énergies fossiles pour la 1ère fois en Europe : voilà la facture économique ET environnementale !

(Initialement publié dans Atlantico du 25/1/26)

Présentée comme un tournant historique de la transition énergétique, l’annonce selon laquelle l’éolien et le solaire auraient dépassé les énergies fossiles dans la production d’électricité européenne masque une réalité beaucoup plus complexe. Derrière les chiffres mis en avant par des think tanks se cache une facture économique et environnementale largement sous-estimée avec une explosion des prix de l’électricité, des subventions massives et une dépendance accrue à la Chine.

Atlantico : Pour la première fois, l’éolien et le solaire ont produit plus d’électricité que les énergies fossiles dans l’UE, selon le think tank Ember. L’éolien et le solaire ont généré 30,1 % de l’électricité de l’UE en 2025 (841 TWh), tandis que l’ensemble des sources d’énergie fossiles en ont produit 29,0 % (809 TWh). En quoi cette perception est-elle éloignée du lourd impact de la facture économique et environnementale des énergies renouvelables ? Les chiffres communiqués par ce think tank sont-ils biaisés lorsque l’on sait qu’au Royaume-Uni, le total des coûts de l’éolien gaspillé a dépassé 3 milliards de livres et qu’en France, le poids des énergies renouvelables dans l’économie française s’accroît et étaient à l’origine, en 2019, de 10,1 milliards d’euros d’investissements ? 

Samuel Furfari : Les statistiques, qu’elles soient énergétiques ou autres, demandent toujours des ajustements qui prennent du temps. En Europe, la base des statistiques est Eurostat, l’office statistique de la Commission européenne, basé à Luxembourg. Cet organisme prend toujours beaucoup de temps pour fournir des statistiques fiables. 

Le think tank Ember, en revanche, est une ONG qui défend les énergies renouvelables et peut donc publier les chiffres qu’elle souhaite. Toutefois, il ne s’agit pas de chiffres officiels, et l’organisation ne cache pas qu’elle est un think tank pro-énergies renouvelables. Il faut donc être extrêmement prudent lorsqu’on utilise les données fournies par cette organisation. Personnellement, je ne me base jamais sur leurs données. Les seules valables sont celles d’Eurostat et de la Commission européenne. 

En publiant des données et en faisant des titres sensationnels, comme « le solaire et l’éolien dépassent les énergies fossiles », il est nécessaire d’examiner l’ensemble de la situation et de ne pas se baser uniquement sur le titre d’une communication d’ONG. Le solaire et l’éolien ont généré 30 % de l’électricité de l’UE et les énergies fossiles 29 %, selon le rapport de Ember. Cela correspond à 1 % d’écart. Que représente réellement cette différence ? En examinant attentivement les chiffres officiels pour déterminer lesquels sont les plus fiables, on constate que cela se situe dans la marge d’erreur. Pourtant, cela génère un effet sensationnel et a un fort impact en affirmant que les renouvelables dépassent les énergies fossiles dans l’UE. Il faut également regarder dans quels pays ces chiffres s’appliquent. Il y a quatorze pays européens où cela est vrai et treize où ce ne l’est pas. Il faut donc analyser ces données avec prudence. 

Les analystes ont constaté que des pics de prix aux heures de forte utilisation du gaz ont entraîné une hausse annuelle des prix de gros de l’électricité dans 21 États membres de l’UE. En parallèle, les think tank et les ONG liés à l’environnement mettent souvent en avant le faible coût marginal du solaire et de l’éolien. Mais si l’on intègre l’ensemble des coûts systémiques, notamment sur les réseaux, le stockage, les subventions, le démantèlement, quel est selon vous le coût réel par MWh du solaire et de l’éolien aujourd’hui en Europe ? N’est-il pas plus important que celui communiqué ? Les énergies renouvelables ont-elles fait grimper la facture économique et environnementale par rapport aux énergies fossiles ? 

Vous avez raison de soulever cette question. C’est la grande inconnue dans ce rapport d’Ember. Ils n’osent pas parler des coûts réels. Le prix de l’électricité en Europe a explosé à cause des énergies renouvelables. Cela a été documenté. Les écologistes et certaines ONG biaisées n’osent pas le dire ou le cachent. Or, le prix de l’électricité en Europe a bel et bien explosé, et c’est même la Commission européenne qui le reconnaît. Le rapport Draghi de septembre 2024 l’explique clairement. Le prix de l’électricité en Europe est deux à trois fois plus élevé qu’aux États-Unis, et le prix du gaz est trois à quatre fois plus cher. Ce sont des données issues du rapport Draghi, donc d’un rapport officiel. 

On sait très bien que les énergies renouvelables n’existent que parce qu’il y a des obligations légales pour les produire, et donc des subventions provenant des États membres ou des consommateurs à travers leurs factures. 

Les factures d’électricité ont explosé partout depuis environ 2010. Cela n’a rien à voir avec le gaz russe. Depuis 2010, il faut financer les énergies renouvelables. Telle est la grande lacune dans le discours de certaines ONG. Elles ne disent jamais que l’augmentation des énergies renouvelables est due à des obligations législatives. La loi oblige à produire ces énergies. S’il faut obliger quelqu’un à faire quelque chose, c’est que cela n’est pas rentable en soi. Autrement, il ne serait pas nécessaire de contraindre à produire. Il y a eu une directive en 2009, renouvelée en 2018 puis à nouveau en 2023, qui oblige les opérateurs d’électricité à produire des énergies renouvelables. Il est donc évident que ce système n’est pas rentable et qu’il ne fonctionne qu’avec des contraintes réglementaires et des prix élevés. 

Selon la Commission européenne, il faudra investir 584 milliards d’euros par an dans les réseaux d’ici 2030 pour atteindre les objectifs en matière de renouvelables. Malgré la montée en puissance du solaire et de l’éolien, les prix de l’électricité restent élevés et volatils, notamment aux heures de pointe. Les énergies renouvelables ont-elles transféré les coûts vers le contribuable et l’industrie ? 

Malheureusement c’est effectivement le cas et c’est pour cela que l’industrie est en train de souffrir et de se délocaliser. Il est évident que le prix de l’électricité en Europe pénalise notre concurrence et notre compétitivité, et que les industries sont donc contraintes de se délocaliser. Nous évoquons la situation de l’électricité, mais c’est la même chose avec le prix du gaz naturel, qui oblige les industries chimiques à quitter l’Union européenne. 

Tant que l’on refusera d’admettre que ce qui apparaît pour certains comme une satisfaction de voir progresser les énergies renouvelables constitue en réalité une contrainte qui ne peut pas durer, la situation restera bloquée. Cette situation n’est pas soutenable. 

C’est pour cette raison que l’on entend de plus en plus de voix se moquer de l’Europe. Lors de la réunion de Davos cette semaine, de nombreuses critiques ont été formulées à l’encontre de l’UE, accusée de s’obstiner à produire des énergies renouvelables. Cette orientation est désormais largement connue et critiquée. 

L’Europe est moquée, pas seulement aux États-Unis, pour ses prises de position. On se moque d’une Europe qui se flagelle et se tire une balle dans le pied pour produire des énergies renouvelables. Howard Lutnick, Secrétaire d’Etat américain au Commerce extérieur, s’est moqué de l’Europe à Davos, allant jusqu’à dire publiquement qu’au lieu de produire des énergies renouvelables, elle devrait retourner au charbon. Cette déclaration a provoqué un tollé et Christine Lagarde a quitté la salle tant elle était en colère. 

Qui aurait pensé qu’un tel retournement se produirait ? L’Europe était auparavant le centre de la promotion de la décarbonation, de l’écologie et du développement durable. Aujourd’hui, il est possible d’entendre des voix différentes. Cela s’explique par le fait que l’échec de l’Union européenne est devenu si évident sur le marché de l’énergie et sur les renouvelables que certains peuvent désormais s’en moquer ouvertement. Christine Lagarde peut difficilement accepter les critiques d’un système qu’elle a contribué à créer, c’est-à-dire une destruction de notre compétitivité. 

En intégrant l’ensemble du cycle de vie – extraction des métaux, fabrication en Chine, artificialisation des sols, recyclage – les énergies renouvelables intermittentes sont-elles réellement plus vertueuses sur le plan environnemental et concernant la pollution que le nucléaire ou même certaines énergies fossiles modernisées ? 

Il est évident que nous sommes passés d’une dépendance au gaz russe à une dépendance aux matières premières chinoises. Il s’agit de domaines différents. La dépendance au gaz russe concernait uniquement le gaz, tandis que la dépendance liée aux énergies renouvelables concerne l’électricité. Ce sont deux problématiques distinctes. 

Le rapport d’Ember concerne l’électricité et non l’énergie au sens large, ce qui est fondamentalement différent. L’électricité ne représente que 22 % de la demande finale d’énergie en Europe. Ce rapport ne traite donc que d’un cinquième de la problématique énergétique européenne, et non de l’ensemble. C’est un point que les journalistes favorables aux énergies renouvelables omettent généralement de rappeler. 

La Chine est devenue notre nouveau « Moyen-Orient », comme dans les années 1970 où l’Europe dépendait fortement de cette région. Aujourd’hui, cette dépendance concerne la Chine. À Davos, il a été répété à plusieurs reprises que l’Europe avait choisi de sacrifier son indépendance énergétique pour tomber dans l’orbite de la Chine. 

Alors que l’Europe a commencé à développer les équipements liés à l’éolien et au solaire il y a environ cinquante ans, la Chine détient aujourd’hui quasiment un monopole sur la fabrication de ces équipements. Nous sommes donc devenus fortement dépendants de la Chine, notamment en raison d’une grave erreur stratégique de l’Union européenne, qui a cru ne plus avoir besoin de mines. 

Quel que soit le projet économique envisagé, il faut des minerais, et donc des mines. Il est nécessaire d’ouvrir des mines. La Chine a toujours continué à prospecter et à exploiter des mines pour produire des matériaux. En Europe, en revanche, on a considéré que l’exploitation minière appartenait au XIXᵉ siècle et que le XXᵉ siècle était terminé. 

Il existe aujourd’hui très peu d’écoles d’ingénieurs des mines en Europe. Pourtant, comment produire des automobiles ? Comment produire des serveurs pour l’intelligence artificielle sans matériaux ? La Chine n’a jamais abandonné cette logique, et les États-Unis non plus. L’Europe, en revanche, a négligé cette réalité. Elle est entrée dans une forme d’hibernation intellectuelle concernant la question des matériaux et des mines. 

Nous nous retrouvons ainsi avec une dépendance massive vis-à-vis de la Chine. Se vanter du développement de l’éolien et du solaire devient alors problématique, car cela revient en réalité à accepter une situation de dépendance. L’Europe devient le vassal de la Chine. Ce terme a d’ailleurs été explicitement utilisé à Davos. 

L’hydrogène et les batteries sont souvent présentés comme des solutions clés pour accompagner les renouvelables. Or, l’hydrogène reste très coûteux et énergivore, et le stockage massif pose des limites physiques et économiques. N’est-on pas en train de complexifier et renchérir le système électrique au lieu de le rendre plus robuste ? 

L’Allemagne nous a entraînés dans le chaos énergétique. Toute l’Europe se trouve aujourd’hui dans un chaos énergétique à cause de l’Allemagne, qui a imposé la transition énergétique. La fameuse politique « Énergie 2022 UE » a misé sur l’éolien, sans disposer de la capacité nécessaire pour stocker les excédents de production éolienne. 

L’Allemagne a d’abord essayé les batteries, mais a rapidement compris que cette solution était illusoire, et a alors préféré miser sur l’hydrogène. L’hydrogène a été théorisé en 1923 par John Haldane à Cambridge. Il a formulé l’idée de produire de l’hydrogène à partir de l’énergie éolienne. Dans les années 1960, la Commission européenne a repris cette idée en se disant que l’on disposerait d’une telle abondance d’énergie nucléaire qu’il serait possible de produire de l’hydrogène, comme je le montre dans mon livre « L’utopie hydrogène ». Plus récemment, vers 2020, l’Allemagne a de nouveau repris cette idée en affirmant qu’il fallait absolument stocker les excédents d’énergie éolienne et que l’hydrogène était la solution. Or, on constate que tous les projets proposés tombent les uns après les autres. Certains résistent encore, mais ils finiront par échouer, car il s’agit d’un contresens chimique. 

On produit aujourd’hui environ 130 millions de tonnes d’hydrogène par an dans le monde, ce qui montre que l’hydrogène est largement utilisé. En revanche, on n’en produit quasiment pas à partir de l’électricité, car il est aberrant de produire quelque chose qui coûte environ sept fois plus cher que lorsqu’il est produit à partir du gaz naturel. 

Ainsi, l’utopie de l’hydrogène s’apparente à une farce inventée par les Allemands. Et comme Ursula von der Leyen est allemande, elle a voulu l’imposer à l’Union européenne. Il est grave de dépenser de l’argent pour une idée qui existe depuis plus de cent ans. 

Concernant les batteries, il est intéressant d’observer que, dans le rapport d’Ember, on vante la chute des prix des batteries. Il est indiqué qu’en 2015, le coût était de 1 500 dollars par kilowattheure, et qu’en 2020 il serait tombé à 400 ou 300 dollars par kilowattheure. 

Ce que ce rapport omet de dire, ou dissimule, c’est que nous sommes arrivés à un plafond technologique : les prix ne baissent plus et ne baisseront plus, car nous dépendons de la Chine. C’est évidemment la Chine qui fixe le prix des batteries, et elle ne se sacrifiera pas pour permettre à l’Europe de bénéficier de batteries bon marché. 

Chacun sait d’ailleurs que recharger son téléphone mobile est une contrainte quotidienne, car les batteries offrent une capacité limitée. Imaginer appliquer ce principe à des réseaux électriques entiers relève de l’illusion. On le constate déjà : cela ne fonctionne pas. 

Il existe quelques projets pilotes dans le monde ou en Europe, mais il ne s’agit pas d’un véritable développement industriel. Or, la question des batteries appliquées aux réseaux électriques est débattue depuis plus de quinze ans, ce qui montre que le sujet n’est pas nouveau. 

Il est également intéressant de souligner que le pays le plus avancé en matière d’énergies renouvelables pour la production d’électricité dans l’Union européenne est le Danemark. Or, le Danemark ne s’intéresse pas aux batteries car le pays sait très bien que cela est illusoire. Pourquoi le Danemark ne s’y intéresse-t-il pas ? Parce qu’il dispose d’une batterie géante : la Norvège. En effet, grâce à la Norvège, le Danemark peut exporter son excédent d’électricité renouvelable vers ce pays, où l’eau est pompée dans les réservoirs hydroélectriques. Lorsque c’est nécessaire, le processus est inversé. Malgré le fait que le Danemark soit l’Etat membre qui produit en pourcentage le plus d’énergie solaire et éolienne, on est en droit de se demander pourquoi le gouvernement envisage à présent de revenir sur l’interdiction de construire des centrales nucléaires. Ils ont sans doute compris que l’électricité abondante et bon marché n’est pas produite par les sources qu’ils ont promues – et que Ember aime vanter – mais bien par le nucléaire. 

Cela constitue une preuve supplémentaire que l’ensemble de cette stratégie ne repose pas sur des bases solides. Toute cette politique énergétique est fondée sur une idéologie de la décarbonation et sur une hostilité systématique envers les énergies fossiles. 

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