À quelques encablures des côtes guyanaises, le boom pétrolier de milliards d’euros du Guyana et du Suriname fait naître des appétits et ravive les débats en Guyane française.
Guyane française – Tandis que les petits États voisins engrangent des milliards de recettes liées à l’offshore, des responsables politiques locaux s’interrogent ouvertement sur le choix de Paris de renoncer à toute nouvelle exploration d’hydrocarbures depuis la loi Hulot de 2017. Pour une partie des élus, la manne pétrolière régionale pourrait offrir au territoire un levier de développement et d’autonomie budgétaire aujourd’hui hors de portée, selon La Tribune.
Ce contraste est d’autant plus visible que la Guyane demeure l’un des départements les plus pauvres de France, malgré un territoire vaste, jeune et en forte croissance démographique. Les images des infrastructures flambant neuves, des bases logistiques et des projets portuaires financés au Guyana grâce aux revenus du pétrole alimentent un sentiment de décrochage économique.
Un décalage lié l’or noir
En moins d’une décennie, le Guyana s’est imposé comme l’un des pays à la croissance la plus rapide du monde, porté par des réserves estimées à plusieurs milliards de barils dans le bassin Guyana‑Suriname. Les entreprises comme ExxonMobil et TotalEnergies se sont positionnées massivement, enclenchant une dynamique d’investissements qui se traduit déjà par de nouvelles infrastructures, des emplois et un afflux de devises. Au Suriname, la mise en valeur des découvertes offshore doit également s’accompagner de projets de raffinerie et de logistique qui renforcent encore le sentiment d’« encerclement » ressenti à Cayenne.
En Guyane française, la situation socio‑économique reste marquée par la pauvreté, un chômage élevé, une pression démographique et des difficultés d’accès aux services publics, malgré la présence de la base spatiale de Kourou. Pour une partie de la classe politique locale, renoncer à toute exploration revient à se priver d’un outil potentiellement décisif pour financer les routes, les hôpitaux, le logement ou l’éducation. Le débat sur les hydrocarbures se greffe ainsi sur une question plus large : celle du degré d’autonomie économique et fiscale dont le territoire doit disposer face à l’Hexagone.
D’autres acteurs locaux, notamment dans la société civile et le milieu associatif, restent opposés à cette perspective, au nom de la fragilité des écosystèmes côtiers et marins.
Dans ce contexte, le Sénat a adopté, le 29 janvier, une proposition de loi visant à autoriser de nouveau la recherche, l’exploration et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires ultramarins. Le texte prévoit une exception au dispositif général introduit en 2017, qui interdit la délivrance de nouveaux permis sur l’ensemble du territoire français. Il est porté en particulier par des sénateurs d’outre‑mer, dont un élu de Guyane, qui souhaitent redonner une marge de décision aux collectivités concernées.
Les promoteurs du texte avancent plusieurs arguments. Ils considèrent que les réalités économiques, sociales et géographiques des outre‑mer diffèrent de celles de l’Hexagone et justifient un traitement spécifique. Ils soutiennent que les recettes issues d’une éventuelle activité pétrolière pourraient financer des infrastructures et des politiques publiques difficiles à assumer avec les seuls transferts budgétaires actuels. Le vote intervenu au Sénat s’est toutefois fait contre l’avis du gouvernement, ce qui laisse présager une discussion serrée lors de l’examen à l’Assemblée nationale.
La proposition de loi doit désormais suivre le parcours législatif classique, avec son inscription à l’ordre du jour de l’Assemblée, son examen en commission, puis en séance publique. Le calendrier de cette seconde lecture n’est pas encore arrêté de manière définitive. L’issue du processus conditionnera la possibilité, pour la Guyane et les autres territoires concernés, de voir se rouvrir la question de l’exploration d’hydrocarbures.
Le gouvernement s’y refuse au nom de la neutralité carbone
Le gouvernement français affiche une opposition constante à la reprise de l’exploration pétrolière, y compris limitée aux territoires ultramarins. Il met en avant la trajectoire de neutralité carbone à l’horizon 2050, inscrite dans la loi et déclinée dans les stratégies nationales climat‑énergie. Selon l’exécutif, l’ouverture de nouveaux projets d’hydrocarbures serait difficilement compatible avec la réduction progressive de l’usage des énergies fossiles requise pour atteindre ces objectifs.
L’exécutif insiste également sur l’importance de la cohérence du signal adressé aux acteurs économiques et aux partenaires internationaux. La France défend, dans les négociations climatiques, une réduction rapide de la production et de la consommation d’énergies fossiles. Une exception accordée aux outre‑mer, même encadrée, pourrait fragiliser cette position et brouiller la lisibilité de la politique climatique du pays. C’est au nom de cette cohérence que le gouvernement a émis un avis défavorable sur la proposition de loi sénatoriale.
En parallèle, l’exécutif met en avant des programmes de soutien aux énergies renouvelables, à l’efficacité énergétique et à la diversification économique dans les territoires ultramarins. Il affirme que ces leviers doivent constituer la priorité pour répondre aux besoins de développement tout en respectant les engagements climatiques.
Le débat ouvert par le vote du Sénat place désormais l’Assemblée nationale au centre de l’arbitrage entre ces deux visions : celle d’un recours possible à la ressource pétrolière comme outil de rattrapage économique et celle d’une trajectoire fondée sur la sortie des énergies fossiles, y compris en Guyane.
2 réponses
Il est vrai qu’on a une balance commerciale tellement confortable qu’on aurait tort de ne pas se battre pour des symboles.
Cela devient banal de dire que la sortie des énergies fossiles, même s’il est de bon aloi de s’y préparer, n’est pas pour demain. Et donc cette politique de neutralité carbone imposée dès 2050 est absurde. Surtout si l’on ajoute que le CO2 n’est pour rien dans le réchauffement, ou de façon non significative. Il ne reste qu’à chasser le clan écolo-macroniste qui s’accroche désespérément au pouvoir.