37% des Français se considèrent climato-sceptiques

Nous publions cet article car il montre qu’il y a maintenant une place “politique” pour le climato-réalisme.

Si le pourcentage de Français niant la réalité du changement climatique ne progresse pas, un récent sondage tend à montrer que l’origine humaine de ce changement est de plus en plus remise en question.

« L’ampleur de la catastrophe est telle que beaucoup de gens sont en état de sidération. Ce qui vient alors à l’esprit, c’est de se dire que la nature est devenue folle »,

explique Daniel Boy, directeur de recherches à Sciences Po et co-directeur d’une récente enquête d’opinion publique internationale, « L’Obs’COP ».

Cette étude rend compte d’une montée de la remise en question de la responsabilité humaine dans les causes du changement climatique. Cette tendance serait, selon l’étude, révélatrice d’une défiance généralisée vis-à-vis de l’information et des politiques publiques.

UNE REMISE EN QUESTION DE LA RESPONSABILITÉ HUMAINE 

Cette récente enquête, produite par l’Observatoire International Climat et Opinion Publiques (EDF et Ipsos), traite depuis quatre ans des données statistiques établies auprès de trente pays, abritant les deux tiers de la population mondiale et figurant parmi les pays les plus polluants. 

L’étude de l’année 2022 révèle une montée du sentiment d’être témoin du changement climatique, notamment en France, suite aux fortes sècheresses de l’été 2022. Ces évènements climatiques impressionnants, des feux de forêt jusqu’en Bretagne en passant par des pénuries d’eau, ont marqué les Français. Les fortes chaleurs (79 % | + 9 points vs 2021), la sécheresse (62 % | + 19 points vs 2021) et l’assèchement des cours d’eau (51 % | +16 points vs 2021) provoquent une montée de 5 points du sentiment d’être confronté.e au changement climatique. 

« Quand on a vu ce qui s’est passé pendant l’été 2022, […] on s’est dit qu’il allait y avoir une montée incroyable de l’inquiétude des gens, et un renforcement du sentiment que les activités humaines ont induit un certain nombre de dégâts », confie Daniel Boy. « Or, ce n’est pas le résultat que nous avons obtenu. » 

En un an, la vague climato-sceptique aurait progressé de 8 points en France. On compte 37 % de climatosceptiques dont 29 % considèrent qu’il y a un changement climatique mais pas d’origine humaine ; c’est la plus forte augmentation de ce sondage. Une grande partie de la population française remettrait en question la responsabilité humaine de la crise actuelle. Sur les trente pays sondés, la France est le sixième pays dans lequel le doute sur l’origine humaine du changement climatique a le plus augmenté.

Le Bonneville Salt Flats est une plaine de 260 km² couverte de sel dans le nord-ouest de l’Utah, aux États-Unis. Elle provient de l’évaporation de l’ancien lac Bonneville survenue après la dernière glaciation. 
PHOTOGRAPHIE DE CAROLYN DRAKE

« Nombreuses sont les personnes interrogées qui considèrent que ce phénomène résulte d’un processus naturel, qu’il est inévitable et finira par se réguler », explique Didier Witkowski, directeur d’études pour EDF, également co-directeur de l’étude. « Cette explication du changement anthropique recule depuis quatre ans. »

QUI SONT LES CLIMATO-SCEPTIQUES ? 

Le contexte économique, géopolitique et social influence fortement la manière de considérer l’urgence environnementale. Les retombées de la crise sanitaire et de la guerre en Ukraine sur l’économie mondiale ont des effets directs sur le quotidien des populations, plaçant l’inflation en première position des préoccupations dans l’ensemble des pays sondés.

Globalement, l’urgence environnementale dépasse les enjeux de croissance et d’emploi. Mais cette majorité, qui était de 53 % pour l’environnement en 2019 contre 34 % pour la croissance, se réduit et passe en 2022 à 48 % contre 38 %. Les auteurs de l’étude considèrent ainsi que « les difficultés économiques freinent le virage environnemental ».   

En France, les personnes se définissant comme climato-sceptiques sont principalement issues des classes populaires. La fin du mois supplante souvent la fin du monde. Devançant la question environnementale sur tous les continents, l’inflation est la première urgence dans l’opinion publique. Le coût de la vie est le point le plus préoccupant pour 62 % des personnes interrogées. Le changement climatique figure en 2e position (44 %) chez les ménages les plus aisés, juste après l’augmentation du coût de la vie. Pour les ménages les plus modestes la préoccupation principale est l’inflation. Viennent ensuite les problématiques sociales. Le changement climatique n’apparaît qu’en 6e position (36 %), devancé par la pauvreté et les inégalités (49 %), le chômage (44 %), le système de santé (41 %) mais aussi la corruption (39 %). 

Des villageois se tiennent debout sur le paillage de jute d’une maison inondée dans le district de Gaibandha, au Bangladesh. Le pays compte parmi les plus vulnérables aux inondations provoquées par le changement climatique.
 
Une partie de la population rejette la responsabilité humaine sur les institutions, les gouvernants, ceux qui imposent des politiques climatiques parfois difficiles à vivre, notamment pour les catégories populaires, comme les règlementations plus strictes pour les voitures. On constate une impopularité de ces politiques en matière environnementale, du fait de leur caractère jugé parfois trop restrictif. 
 
Il apparaît par ailleurs que les électeurs de droite et d’extrême droite seraient plus enclins au climato-scepticisme. Enfin, contrairement à l’image militante que donnent à voir de jeunes gens très engagés sur les réseaux sociaux, les 16-24 ans sont les plus nombreux à douter de la responsabilité humaine dans l’aggravation des phénomènes climatiques. Sceptiques sur l’existence même du phénomène ou sceptiques sur l’origine anthropique de son aggravation, un total de 37 % des Français sondés, soit plus d’un tiers de la population, n’accorde pas de crédit aux alertes et rapports scientifiques.
 

(DÉS)INFORMATION 

La couverture médiatique régulière du changement climatique reste relativement récente. Pour Daniel Boy, « le degré d’alerte catastrophiste » pourrait expliquer le postulat des nombreuses personnes qui font le choix de la déculpabilisation.

« L’idée qu’il faut agir [vite] produit pour une partie de la population un réflexe de dénégation. » 

David Chavalarias, directeur de recherche au CNRS et au centre d’analyse et de mathématiques sociales de l’EHESS, s’est intéressé dans un chapitre de l’Obs’COP 2022 à la montée du scepticisme sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter et TikTok. Les phénomènes d’entre-soi créés par les réseaux sociaux enferment les utilisateurs, qui sont sans cesse exposés aux mêmes contenus. Les sources sont moins diverses et les points de vue moins variés.

« Vous avez donc statistiquement plus de risques d’être exposés à un contenu climatosceptique si vous vous informez principalement sur les réseaux sociaux » souligne Didier Witkowski.

Si l’on étudie ces opinions diverses sur le changement climatique, c’est parce que les faits nous forcent à nous interroger sur la manière nous allons parvenir à « vivre avec ». On observe alors des stratégies de négation, d’acceptation et d’action. Les tendances de déresponsabilisation pourraient compromettre la mise en place de politiques publiques d’envergure. 

Pourtant, différents exemples montrent à quel point, lorsque l’on se saisit de la question environnementale, que l’on commence à protéger le vivant en créant des zones naturelles protégées, la vie peut retrouver un chemin.

Des colonies entières de coraux du Pacifique, qui avaient été décimées en 2016, sont parvenues à se régénérer après que la zone concernée a été protégée. Car si d’aucuns doutent de la part de responsabilité de l’Homme dans la crise environnementale actuelle, il reste indéniable que quand il s’absente, la nature revient.

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Une réponse

  1. Comment ceux qui sont incapables de nous donner le temps qu’il fera dans 15 jours peuvent-ils prétendre savoir le temps qu’il fera dans 80 ans ?!?
    Le bon sens finira bien par l’emporter.

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