La relance du nucléaire en France patauge

En février 2022, à la surprise générale, Emmanuel Macron se ralliait à l’énergie nucléaire qu’il n’avait cessé pendant dix ans d’affaiblir et annonçait le lancement d’un programme de construction de six nouveaux réacteurs EPR2 et peut-être de huit autres supplémentaires. Un peu plus de trois ans plus tard, rien n’a vraiment avancé que ce soit le financement du programme où la conception même des EPR2. Ce qu’a en quelque sorte entériné le Conseil de politique nucléaire qui s’est tenu à l’Elysée le 17 mars en présence d’Emmanuel Macron. En février 2022, le premier EPR2 opérationnel était annoncé pour 2035. Il l’est maintenant pour 2038. On peut sérieusement en douter…

La relance du nucléaire en France a été annoncée il y a un peu plus de trois ans, en février 2022, à la surprise générale, par Emmanuel Macron en campagne alors pour sa réélection. Le Président tournait le dos soudainement à dix ans de politique anti-nucléaire ponctuée, entre autres, par l’arrêt injustifié, sauf pour des raisons purement politiciennes, des deux réacteurs de la centrale de Fessenheim et par le sabotage, il n’y a pas d’autre mot, des recherches sur les réacteurs de quatrième génération à neutrons rapides et surgénération avec l’abandon du projet Astrid.

En février 2022, Emmanuel Macron annonçait donc la construction d’une première tranche de six nouveaux EPR2 (une version simplifiée et standardisée de l’EPR de Flamanville) et peut-être de huit autres supplémentaires. Le premier de ses nouveaux réacteurs devait entrer en service en 2035. Mais au cours des trois dernières années, presque rien n’a été fait. Lors du Conseil de politique nucléaire, qui s’est finalement tenu à l’Elysée le 17 mars en présence d’Emmanuel Macron après avoir été repoussé à plusieurs reprises, il a été acté que le premier nouveau réacteur ne verrait pas le jour avant 2038. On peut en douter. Depuis des mois, dans les coulisses du programme, on parle plutôt de 2040…

Incapacité de l’appareil d’Etat et d’EDF

Le problème est qu’en trois ans, aucun des obstacles devant être levés pour lancer un nouveau programme de construction de réacteurs nucléaires en France n’a été surmonté, que ce soit par le gouvernement ou par EDF. Une illustration supplémentaire de l’incapacité grandissante de l’appareil d’Etat et des grandes entreprises publiques à prendre des décisions et surtout à les mettre en œuvre. La question du financement de la première tranche de six réacteurs n’est toujours pas réglée et la facture entretemps n’a cessé d’augmenter… comme à l’accoutumée. Le coût du programme aux conditions de 2020, était initialement estimé à 51,7 milliards d’euros en 2022. Il est désormais évalué à 67,4 milliards et même à 79,9 milliards d’euros aux conditions de 2023 selon la Cour des comptes. Le mois dernier, le ministre de l’Energie Marc Ferracci, a évoqué un coût final « en-dessous de 100 milliards d’euros » tenant compte notamment de l’inflation.

Rappelons que les magistrats de la Cour des comptes estimaient dans un rapport cinglant, rendu public le 14 janvier dernier, que le programme de construction des EPR2, est tout simplement menacé « d’un échec ». Ils dénoncent le flou persistant sur le calendrier du programme, sur ses coûts réels, sur une partie des spécificités techniques des EPR2 et sur le financement d’investissements très …

 

 

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3 réponses

  1. Çà bouge enfin au conseil politique nucléaire, et c’est tant mieux.
    Ceci étant, le financement des EPR2 n’est pas encore clair. Il est à craindre des montages financiers de long terme qui ne permettront plus à EDF d’accorder des prix bas à ses gros clients de l’industrie et du transport, ce qui évidemment serait contraire à notre compétitivité. Qui plus est, l’introduction prioritaire des sources intermittentes sur le réseau va faire grimper le coût du KWh nucléaire produit et pénaliser les petits industriels, les commerçants et le Français moyen. Un débat à l’Assemblée est nécessaire, il est intolérable que l’Administration, gangrenée par les lobbies éoliens et photovoltaïques, opère via un simple décret PPE3, fût-il accompagné d’une consultation numérique, au demeurant outrageusement truquée.
    Quand à la remise en selle des Réacteurs à Neutrons Rapides (RNR), pourquoi perdre son temps avec ASTRID et ne pas relancer le projet SPX2 qui est depuis longtemps dans les cartons. Le côté faisabilité du surgénérateur-incinérateur pourrait très bien être directement exploré dans l’un des deux réacteurs jumelés de SPX2, il suffit de remplacer quelques éléments combustibles dans le cœur. Il était prévu à Marcoule deux réacteurs RNR de 1500 MWe couplés sur un même site. C’est peut-être le coût d’investissement qui fait reculer ? Pourtant on passe de 1200 à 1500 MWe entre SPX et SPX2 pour une même cuve de 21 m de diamètre, des circuits principaux raccourcis, une manutention simplifiée, des gros composants optimisés après SPX, une mutualisation de la partie électrique vers le réseau, de la prise d’eau et du rejet, de la station de traitement des déchets, d’une partie des circuits auxiliaires, du gardiennage et des secours, etc. Sans compter le meilleur rendement de Carnot des RNR face aux EPR.

  2. J’aimerais que Zagros insiste plus sur les RNR car je ne comprends pas son commentaire sur le projet SPX2.

    Pour fermer la boucle du carburant les RNR ne sont ils pas indispensables?

    1. Terrier Marcel
      Le projet SPX2 (Superphénix 2) a été abandonné par EDF en 1986 après l’arrêt de Superphénix. Il comprenait deux réacteurs surgénérateurs dérivés de Superphénix , de 1500 MWe chacun. Pour boucler le cycle, entre autre « brûler » le plutonium et l’uranium appauvri issus du retraitement des combustibles usés des Réacteurs à eau légère (REP, EPR), mais aussi pour réduire les déchets à vie longue de l’ensemble du parc, les surgénérateurs doivent être adossés à des usines de retraitement et à des usines de fabrication de combustibles appropriées dont la technologie est déjà connue depuis Phénix et Superphénix.
      Il est malheureux que ce savoir-faire français ait été abandonné pour de misérables raisons idéologiques politiciennes, et nullement pour des raisons de sûreté quoiqu’en dise la propagande.

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