L’Union Européenne (UE) se trouve face à une contradiction et une incohérence dont elle est coutumière. Elle s’est engagée à dépenser des milliards d’euros pour son réarmement. Et l’acier est un élément essentiel dans la production des armes et des munitions dont l’UE manque pour faire face à la menace russe. Mais l’Europe ne veut pas n’importe quel acier, elle veut de l’acier vert ou bas carbone. Sauf qu’il est si cher et si peu compétitif que les sidérurgistes européens, confrontés déjà aux importations chinoises bon marché, renoncent aux projets annoncés ou dans le meilleur des cas les retardent. Et l’Europe n’a pas vraiment le temps ni les moyens de subventionner à outrance une filière entière comme la sidérurgie. Elle va devoir faire un choix, ce qu’elle n’aime pas du tout.
Avec le ciment, le plastique et l’ammoniac (pour les engrais azotés), l’acier est l’un des quatre matériaux indispensables à la vie moderne qu’il est particulièrement difficile de fabriquer sans combustibles fossiles.
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la sidérurgie est à l’origine de 7% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit 3,5 milliards de tonnes par an. Par ailleurs, la demande d’acier devrait augmenter de 30% d’ici à 2050. Maintenant, il existe des solutions techniques qui ont été expérimentées pour produire de l’acier vert ou bas carbone. Deux d’entre elles ont été développées au cours des dernières années.
- La première utilise de l’hydrogène, plus précisément de l’hydrogène vert décarboné produit par électrolyse avec de l’électricité bas carbone.
- L’autre solution consiste à remplacer les hauts fourneaux alimentés au charbon par des fours à arc électrique qui fonctionnent, là encore, avec de l’électricité bas carbone.
- Enfin, il existe des technologies de transition. Elles consistent à remplacer le charbon (coke) des hauts fourneaux par du charbon de bois durable (biochar) ou à utiliser des technologies de capture et de stockage du carbone lors des processus de fabrication du fer et de l’acier.
Tout cela n’a évidemment un avenir que si les coûts de production de cet acier ne sont pas prohibitifs… C’est tout le problème.
Coûts exorbitants
ArcelorMittal a confirmé son intention d’investir 1,2 milliard d’euros pour construire des fours électriques à arc à Dunkerque… en profitant de l’électricité nucléaire française, abondante, bon marché et fiable. Il pourrait être opérationnel en 2028 et pourrait produire 2 millions de tonnes d’acier par an.
Mais on peut avoir quelques doutes. ArcelorMittal, qui fabrique 7 millions de tonnes d’acier par an à Dunkerque, est dans une situation économique et financière difficile face à la concurrence des aciéries chinoises et a annoncé des centaines de licenciements.
Les fours électriques à arc faisaient partie d’un plan « décarbonation » plus vaste qui a été abandonné. Le plan comprenait deux fours électriques et la mise en place du procédé DRI, qui permet de se passer de charbon, remplacé par du …