T&E – EDF a été considérablement affaibli depuis plus de deux décennies à la fois par les politiques énergétiques européennes et plus encore françaises et par des fautes de gestion répétées. Qui en porte la responsabilité principale ?
F.B. – Il faut bien comprendre qu’EDF n’est pas seulement une société énergétique. C’est une arme essentielle de la guerre économique sur laquelle nous avons longtemps fermé les yeux. Nous vivions, à en croire une partie de nos élites et de nos médias, dans un monde qui n’existe pas fait d’alliés et de partenaires. Nous vivons entourés d’adversaires dont les intérêts ne sont pas les nôtres. EDF est une cible et fait l’objet de sabotages physique, informationnel et économique.
Depuis près de trente ans, nos gouvernants ont totalement oublié que leur mission et leur devoir consistent à protéger et renforcer EDF, le cœur battant de l’économie française qui lui fournit une énergie abondante et abordable. Ce qui est essentiel. EDF est l’héritière de deux grands principes édictés à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sans trop entrer dans les détails, il s’agit de la création par Charles de Gaulle du Commissariat de l’énergie atomique qui a placé l’énergie nucléaire, militaire d’abord et civile ensuite, au cœur de la politique énergétique du pays. Quelques années plus tard, les entreprises de production électrique ont été nationalisées pour créer un géant… EDF.
Celui-ci garantissait l’égalité d’accès à l’électricité pour tous les citoyens, une électricité abondante et accessible pour l’industrie et les entreprises, et dans un deuxième temps, la souveraineté énergétique et moins de dépendance aux énergies fossiles avec le plan Messmer de 1974. Après le choc pétrolier, il a lancé la construction massive d’un parc de centrales nucléaires.
EDF a assuré ses missions en soutien de l’économie et de la qualité de vie de la population avec un remarquable succès pendant cinquante ans. L’entreprise a été le premier exportateur mondial d’électricité. Encore aujourd’hui, il faut bien se rendre compte ce que cette société malmenée et affaiblie permet aux pays. Nous avons une électricité abondante qui à 95 % ne dépend pas des énergies fossiles et qui est décarbonée à 95 %. Qui dans le monde offre de telles performances ? Une poignée de pays privilégiés par leur géographie et leur environnement dans le nord de l’Europe. Nous faisons infiniment mieux que l’Allemagne et les autres pays donneurs de leçons.
T&E – Nous faisons infiniment mieux avec un avantage compétitif important en termes de prix de l’électricité sur l’Allemagne qui cherche depuis des années à nous priver de cet atout.
F.B – On ne peut pas du tout faire l’économie d’une lecture géopolitique des attaques répétées portées depuis des années contre EDF et la politique énergétique de la France. Pour trois grands acteurs, l’Allemagne, la Russie et les États-Unis, EDF est un adversaire, économique, technologique et même idéologique. Pour les Russes, parce que la France était leur principal rival dans le nucléaire civil dans le monde et sa stratégie nucléaire remettait potentiellement en cause leurs exportations massives de gaz vers l’Europe. Pour les Américains, parce qu’ils soutiennent les fossiles et ont aussi des ambitions dans le nucléaire. Westinghouse est un concurrent d’EDF sur presque tous les marchés mondiaux. Au passage, un grand coup de chapeau à Emmanuel Macron, adversaire jusqu’à la fin de l’année 2021 du nucléaire, qui a réussi le tour de force de vendre les turbines nucléaires Arabelle d’Alstom, les meilleures au monde, à l’américain General Electric. Pour les récupérer, il a fallu des années et cela a coûté très cher… à EDF.
Et puis, il y a surtout l’Allemagne et sa stratégie perdante de transition énergétique, la fameuse Energiewende. Elle a consisté à investir des centaines de milliards d’euros dans les renouvelables intermittents, à abandonner le nucléaire et à dépendre des centrales à charbon ou fonctionnant avec le gaz russe pour pallier aux faiblesses des renouvelables. Gazprom, le géant russe du gaz, a longtemps financé des groupes écologistes allemands anti-nucléaire. Sans compter le fait que le chancelier Gerhardt Schröder, à l’origine de l’Energiewende, a fini parmi les dirigeants
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